| Food
Security II -African Hunger |
(91) L'ACCÉLÉRATION DE LA CROISSANCE AGRICOLE COMME ENGIN D'UNE CROISSANCE STRATÉGIQUE
(92) Quelles sont les caractéristiques saillantes de l'agriculture africaine?
(93) L'Afrique est un continent énorme (le schéma 1) avec une agro-écologie diverse. Par conséquent, les généralisations sur l'agriculture en Afrique sub-saharienne induisent souvent à l'erreur. En fin de compte, les recommandations doivent être adaptées à chaque pays et à chaque région agro-écologique.(17) Néanmoins, il y a certaines caractéristiques communes qui ressortent. Ce qui suit n'est pas une liste exhaustive, mais plutôt une liste des caractéristiques clefs décrivant la structure de l'agriculture et des système agro-alimentaires africains:
Figure1: Perspective sur la superficie de l'Afrique
(109) Le Tableau V résume la plupart de ces faits.

(110) Pourquoi le développement du système agro-alimentaire est si difficile en Afrique? Y a-t-il des facteurs géographiques, climatiques, démographiques ou sociaux qui rendent la croissance agricole en Afrique plus contraignante que dans les autres régions du monde? Il est évident qu'un certain nombre de différences entre l'Afrique de l'Asie ont fait de la "révolution verte" une expérience moins appropriée pour l'Afrique. Les facteurs suivants sont d'une importance particulière:(19)
• (111) La tendance à la baisse des prix réels des exportations traditionnelles agricoles;
• (112) Le sous-développement des infrastructures et des services en milieu rural entraînent une augmentation du coût des échanges et, de surcroît, inhibent le développement des agro-industries dans les zones rurales;
• (113) Une incidence élevée de maladies virales et celles transmises par des vecteurs (par exemple, les moustiques), notamment le VIH/SIDA et le paludisme;
• (114) La dégradation des ressources naturelles, y compris une déforestation substantielle et une perte progressive de la fertilité des sols;
• (115) Un système foncier compliqué souvent limitant la transférabilité du titre foncier et parfois offrant une sécurité limitée en matière de tenure foncière;
• (116) Des pertes post-récolte élevées;
• (117) Une faible intermédiation financière en zone rurale;
• (118) Une faible participation des bénéficiaires à la conception des projets de développement et à la formulation des politiques agricoles;
• (119) Une agriculture beaucoup plus différenciée, avec beaucoup plus de cultures et de zones agro-écologiques que dans les régions asiatiques à monocultures de riz et de blé;
• (120) Une population plus dispersée, augmentant le coût des échanges et des infrastructures;
• (121) Une dépendance sur une agriculture pluviale, plutôt que sur une agriculture irriguée connue dans la plupart des pays asiatiques;
• (122) Une population rurale peu éduquée en comparaison avec l'Asie en début de sa croissance accélérée;
(123) Tous ces facteurs rendent plus difficile tout effort d'amélioration de la productivité agricole, et certainement réduisent la rentabilité de beaucoup d'investissements. Cela ne veut cependant pas dire que les pays africains ne sont pas en mesure d'augmenter la production agricole à un taux annuel de trois à cinq pour-cent, le taux nécessaire pour réduire rapidement la pauvreté. En effet, plusieurs pays enregistrent actuellement ces taux élevés de croissance, mais la différence entre le taux réalisé et le potentiel de croissance est encore très large.
(124) Malgré les facteurs sus-indiqués, les politiques économiques poursuivies par la plupart des pays africains pendant la période d'après les indépendances constituent le plus important groupe de facteurs inhibiteurs de l'agriculture africaine. Ces politiques ont été caractérisées par une instabilité macro-économique, un biais vers le milieu urbain et des renversements de politique notoires. Pour la plupart, les pays africains avaient imposé les producteurs ruraux tout en subventionnant les consommateurs urbains. Cette tendance a été plus accentuée en Afrique occidentale qu'en Afrique orientale et australe. Dans ces dernières régions, du moins là où les occupants européens intervenaient dans l'agriculture, des mécanismes ont été mis sur pied pour protéger ces producteurs contre la compétition étrangère, c'est-à-dire celle des producteurs africains et celle des importations. Nombre de ces politiques ont continué dans la période post-indépendance, conduisant, par exemple, aux taux élevés de taxes sur le maïs importé au Kenya. Les gouvernements africains avaient sous-investi dans les milieux ruraux tandis qu'ils offraient des services, de façon disproportionnée aux populations urbaines. Ces gouvernements avaient exercé des contrôles directs sur le marché des produits agricoles; ils ont subventionné les intrants agricoles, et par conséquent l'accès aux intrants est devenu très politisé. Par contre, ils ont sous-investi dans les institution-clés telles que les institutions nationales de recherche agricole.
(125) TABLEAU V. LES INDICATEURS AGRICOLES POUR L'AFRIQUE, L'ASIE ET L'AMÉRIQUE LATINE
| Indicateurs | Afrique | Asie | Amérique Latine |
| PIB agricole (milliards de dollars) 1997 | 62,4 | 400,1 | 143,2 |
| Agriculture/PIB (pourcentage) 1995 | 30 | 25 | 10 |
| Main-d'oeuvre agricole (pourcentage du total) 1995 | 70 | 72 | 29 |
| Exportations agricoles (pourcentage du total) 1995 | 40 | 18 | 30 |
| Indice de la production agricole (1961-64 =100) | |||
| 1965-1969 | 113 | 115 | 115 |
| 1975-1979 | 135 | 154 | 153 |
| 1985-1989 | 166 | 230 | 200 |
| 1995-1998 | 221 | 338 | 253 |
| Indice de la production agricole par tête (1961-64 = 100) | |||
| 1965-1969 | 100 | 103 | 102 |
| 1975-1979 | 92 | 110 | 106 |
| 1985-1989 | 84 | 135 | 112 |
| 1995-1998 | 87 | 169 | 120 |
| Rendements en céréales (kg par hectare), 1994 | 1.230 | 2.943 | 2.477 |
| Production de céréales par tête (kg), 1993-1996 | 133 | 285 | 256 |
| Terre agricole par exploitant (hectares), 1994 | 5,9 | 1,3 | 24,8 |
| Utilisation d'engrais sur les terres arables (kg par hectare) 1993-1996 | 15 | 180 | 75 |
| Terres irriguées en pourcentage des terres arables , 1994 | 6,6 | 33,3 | 9,2 |
| Tracteurs/superficie de terre arable (Nombre par 1000 hectares), 1994 | 290 | 804 | 1.165 |
| Densité du réseau routier (km de routes par kilomètre carré), 1995 | 0,06 | 0,37 | 0,16 |
| Routes bitumées (pourcentage du total des routes), 1995 | 15 | 29 | 25 |
| Densité de la population (habitants par kilomètre carré), 1995 | 25 | 146 | 24 |
| Revenu non-agricole comme pourcentage du revenu rural total | 42 | 32 | 40 |
Source: Can Africa Claim the Twenty-First Century, La Banque Mondiale, 2000.
(126) Sous la pression de la communauté de donateurs, beaucoup de pays africains ont amorcé un processus de réformes structurelles depuis la moitié des années 1980. Les déficits budgétaires ont été réduits, les marchés de cours d'échange libéralisés, les subventions supprimées, le régime du commerce rendu plus ouvert, le contrôle des prix abrogé, les entreprises d'état privatisées, les marchés financiers libéralisés, et les offices nationaux de commerce des produits agricoles éliminés. Ces changements sont intervenus au bout d'une longue période et sont à même d'être achevés. Au cours des années récentes, on a assisté à un certain recul de ces reformes, particulièrement en Afrique de l'Est et du Sud. Ceci est discuté en détail ci-après.
(127) UNE STRATÉGIE BASÉE SUR L'AGRICULTURE POUR RÉDUIRE LA FAIM
(128) L'argument dans ce document jusqu'ici peut se résumer comme suit: (1) le problème de la faim résulte largement de la faiblesse des revenus; ainsi, toute stratégie pour une réduction substantielle de la faim doit être basée sur la réduction de la pauvreté et l'augmentation des revenus des pauvres; (2) la revitalisation de l'agriculture est centrale à tout effort allant dans ce sens; (3) l'agriculture africaine a été stagnante dans le passé, principalement à cause des politiques gouvernementales inadéquates, notamment le sous-investissement dans le secteur agricole; (4) la démocratisation et la libéralisation économique constituent deux forces majeures pouvant offrir de nouvelles opportunités pour redynamiser l'agriculture, mais à la seule condition que les pays de l'OCDE ouvrent leurs marchés à plus de produits africains, en particulier les produits agricoles à grande valeur ajoutée; (5) la compétition sur le marché international du vingt-et-unième siècle nécessite une toute nouvelle approche aussi bien de la part des pays africains que de leurs partenaires du Nord, l'économie internationale devenant de plus en plus complexe et exigeante en comparaison à ce qu'elle était il y a dix ans. Le terrain est riche en opportunités, mais la tâche ne sera pas facile.
(129) Une agriculture renaissante, dans la plupart des pays, doit être orientée vers le marché et basée sur la demande du marché. Les sources de l'augmentation de la demande incluent à la fois les marchés nationaux et internationaux. Sur le plan national, satisfaire à telle demande nécessitera:
• (130) L'augmentation de la production alimentaire pour les marchés ruraux et urbains (y compris l'exploitation des opportunités de substituer des produits nationaux aux importations quand et où ceci est économiquement faisable);
• (131) L'augmentation de la demande intérieure pour les produits alimentaires de plus haute valeur;
• (132) L'augmentation de la valeur ajoutée par la transformation des produits agricoles.
(133) Le marché des produits alimentaires de base
(134) Le noeud de ce argument est simple. Augmenter la production des produits alimentaires de base sans accroître la demande se traduira en une réduction des prix et en un changement peu significatif du revenu des producteurs. La demande des produits alimentaires de base est inélastique par rapport au revenu. Cependant, avec la persistance des taux élevés de croissance démographique et de migration vers les villes, il est fort probable que la demande des aliments de base, même en absence d'une croissance économique rapide, connaîtra une croissance annuelle de trois à quatre pour-cent. La réduction des coûts de commercialisation, même sans augmentation de la productivité, pourrait réduire le prix à la consommation et accroître ainsi un peu plus la demande. Toutefois, considérant d'une part le ratio élevé entre les coûts de transport et la valeur de la plupart des produits alimentaires de base, et d'autre part, les politiques alimentaires existantes des pays de l'OCDE, les débouchés d'exportation des aliments de base seront certainement limités aux marchés régionaux. Un marché performant de produits alimentaires de base, bien que nécessaire à la croissance agricole, ne peut pourtant pas en constituer le moteur principal.
(135) Ceci n'altère aucunement le rôle critique que doit jouer la production alimentaire de base et par conséquent, n'exclut pas la nécessité d'investir pour augmenter la productivité dans le secteur. Du côté de la demande, il serait possible de substituer les produits nationaux aux importations à travers le développement d'un système d'information plus crédible ainsi que des normes de qualité pour le commerce régional. L'absence de telles informations et normes constitue des barrières non-tarifaires aux échanges locaux, ce qui augmente le prix des biens agricoles produits dans la région par rapport aux importations extra-africaines.
(136) Le marché des produits alimentaires de plus haute valeur
(137) Alors que les aliments de base ont une faible élasticité du revenu, les aliments de plus haute valeur tels que les huiles de consommation, le poisson, la viande et les produits laitiers ont tous des élasticités du revenu élevées. La dévaluation du franc CFA en 1994 a permis aux producteurs de bétails sahéliens de reconquérir le marché côtier ouest-africain de viande, lequel était entre temps perdu en faveur des importations de viande subventionnée en provenance de l'Europe occidentale. Dans ce cas particulier et considérant les subventions que l'Union Européenne accorde à ses producteurs de boeuf, il est peut-être souhaitable que les pays africains érigent des barrières tarifaires contre le dumping pratiqué par des pays développés pour ainsi protéger les industries naissantes de productions de viande et de produits laitiers.(20) Ceci est particulièrement vrai, d'autant que ces tarifs n'auront pas trop d'effets néfastes sur les pauvres, la majorité des consommateurs de ces produits appartenant à une classe plus élevée de revenus. En outre, vue la distribution régionale de l'activité économique, le renforcement du marché régional de boeuf et de produits laitiers en Afrique de l'Ouest pourra occasionner une augmentation de revenus dans les régions sahéliennes les plus pauvres.
(138) La transformation agro-industrielle
(139) Il est maintenant nettement clair que la perspective du développement agricole n'est pas limitée uniquement aux exploitations, mais intègre également le système agro-alimentaire dans son ensemble. "Les contraintes à la croissance durable et à la sécurité alimentaire se situent aussi bien sur qu'en dehors des exploitations agricoles. Dans beaucoup de pays, plus de la moitié des dépenses alimentaires des consommateurs proviennent des opérations post-récoltes et de l'achat des intrants. L'amélioration de l'efficacité des systèmes de commercialisation des intrants et des produits, du stockage et de la transformation est par conséquent très critique."(21) Les ménages urbains souvent plus occupés sont de plus en plus en quête de produits alimentaires nécessitant un temps de cuisson minimal et préservant la fraîcheur dans les milieux urbains. A défaut des sources intérieures d'offre, la plupart de la demande de ces produits transformés est couverte par les importations. Ici aussi, le développement des marchés régionaux créera l'échelle requise pour rendre rentable la transformation agro-alimentaire à un niveau plus élevé.
(140) Les stratégies d'exportations
(141) Bien que les marchés intérieurs continueront d'être le plus important segment de la demande globale des produits agricoles, ils auront tendance à être moins dynamiques que les marchés extérieurs. Le marché international croît plus rapidement que l'économie mondiale, et encore plus rapidement que le secteur non-agricole de beaucoup d'économies africaines. De plus, la plupart des biens produits par les pays africains et destinés à l'exportation sont d'une valeur plus élevée que les productions destinées à la consommation nationale. La transformation agricole en Afrique aura besoin d'un cercle vertueux qui augmente les productions de plus haute valeur, qui à leur tour augmentent les revenus agricoles, la demande des services non-agricoles, la demande des produits alimentaires de base et la productivité dans la production alimentaire.
(142) En outre, l'orientation de la production vers le marché mondial présente d'autres avantages importants. Par exemple :
• (143) La compétition sur le marché mondial est une tâche difficile qui nécessite des industries robustes; cette compétition forcera les pays africains à réduire le coût de production et à améliorer la productivité, augmentant ainsi la productivité totale des facteurs.
• (144) La compétition dans la nouvelle économie mondiale accorde beaucoup de valeur au savoir-faire en tant que facteur de production; une bonne partie de ce savoir peut relativement être obtenue à bon prix, bien que certains éléments de ce paquet de connaissances peuvent être coûteux.
• (145) La compétition sur le marché international pourrait attirer des investissements privés internationaux et de la technologie, d'autant plus que la demande extérieure est plus ou moins indépendante des perturbations de l'économie nationale.
(146) L'expérience africaine en matière d'exportations agricoles
(147) La surévaluation des taux d'échanges, la taxation, et les sous-investissements ont affaibli le secteur des exportations agricoles traditionnelles de l'Afrique (voir Tableau VI). Trois remarques importantes ressortent de ce tableau:
1. (148) A l'exception du thé, il y a eu une tendance à la baisse de la part africaine dans le marché agricole mondial de tous ces produits.
(151) TABLEAU VI: LA PART DES PRINCIPALES CULTURES D'EXPORTATION AFRICAINES DANS LE COMMERCE MONDIAL
| Cultures | Exportations
mondiales
(000 tonnes) |
Exportations africaines
(000 tonnes) |
Part de l'Afrique dans le commerce mondial (%) | |||
| 1970 | 1997 | 1970 | 1997 | 1970 | 1997 | |
| Bananes | 5.730 | 14.512 | 394 | 429 | 6,9 | 3,0 |
| Cacao | 1.136 | 2.061 | 867 | 1.403 | 75,8 | 67,9 |
| Café | 3.282 | 5.074 | 1.010 | 808 | 30,8 | 15,9 |
| Fibres de coton | 4.000 | 5.677 | 672 | 869 | 16,8 | 15,3 |
| Arachides | 983 | 1.218 | 677 | 61 | 68,9 | 5,0 |
| Huile de palmes | 906 | 12.297 | 178 | 156 | 19,6 | 1,3 |
| Caoutchouc | 2.661 | 4.668 | 201 | 292 | 7,6 | 6,3 |
| Sucre | 21.861 | 37.883 | 1.515 | 1.386 | 6,9 | 3,7 |
| Thé | 752 | 1.352 | 109 | 313 | 14,5 | 23,2 |
| Tabac | 1.200 | 5.733 | 88 | 289 | 7,3 | 5,0 |
Source: FAOSTAT
(152) D'un autre côté, certains pays africains ont réussi à exploiter les opportunités sur certains marchés non-traditionnels (Tableau VII)
(153) Dans chacun de ces pays, les exportations non-traditionnelles (ENTs) ont connu une part croissante des exportations totales et ont montré des signes de croissance ultra-rapide durant une courte période de temps. Il existe quelques ENTs non-agricoles, mais la majorité est basée sur l'agriculture.
(154) TABLEAU VII. EXPORTATIONS NON-TRADITIONNELLES DE QUELQUES PAYS AFRICAINS
| Pays | Part des Exportations Totales
(pourcentage) |
Croissance Moyenne Annelle (pourcentage) | |
| 1994 | 1998 | 1994-1998 | |
| Cote d'Ivoire | 13,5 | 17,4 | 16,4 |
| Ghana | 9,7 | 19,2 | 35,5 |
| Madagascar | 64,1 | 86,1 | 11,9 |
| Iles Maurices | 67,2 | 68,9 | 2,9 |
| Mozambique | 5,6 | 17,8 | 50,3 |
| Sénégal | 11,5 | 13,3 | 9,3 |
| Ouganda | 5,6 | 34,9 | 101,5 |
| Zambie | 14,7 | 33 | 16,5 |
(155) La stratégie africaine en matière d'exportations doit se reposer sur trois piliers principaux: exportations traditionnelles, exportations non-traditionnelles et exportations régionales. Comme indiqué ci-dessus, le prix des exportations traditionnelles ont connu une chute soutenue durant près d'un demi-siècle. Néanmoins, l'Afrique dispose toujours d'un avantage comparatif dans les marchés de beaucoup de ces produits agricoles. Aussi, l'intensification des exportations pourrait-elle accroître les revenus (la productivité de la terre et de la main-d'oeuvre étant plus élevée pour les cultures traditionnelles d'exportations que pour les cultures vivrières). De plus, la notion d'avantage comparatif étant une notion dynamique, la perte de la part africaine dans les marchés agricoles tels que ceux du café et de l'huile de palme, due entre autre au sous-investissement dans ces cultures, n'est pas irrévocable. L'Afrique pourra reconquérir sa part du marché grâce à des
investissements judicieux. La plupart du temps, les coûts de production au champ des cultures traditionnelles sont largement plus faibles en Afrique que dans les pays producteurs mondiaux, mais cet avantage est souvent anéanti par des empêchements liés à la politique agricole et aux coûts élevés de commercialisation.(22)
(156) Le commerce régional de produits agricoles est déjà relativement robuste, même si seulement une infime partie des échanges apparaissent dans les statistiques officielles.(23) Des études menées par l'USAID en Afrique orientale et australe ont montré que des échanges transfrontaliers, la plupart en produits agricoles, étaient plusieurs fois plus larges que les données reportées officiellement.(24) Entre 1994-95 par exemple, les exportations agricoles non-enregistrées de l'Ouganda vers le Kenya faisaient 60% du chiffre officiel des exportations agricoles totales. La nature informelle de ce commerce découle en partie du désir à ne pas encourir des frais de douanes, mais dans une plus grande mesure de la nécessité d'éviter des délais et des extorsions financières aux points de passage de la frontière. Cette situation induit un accroissement des coûts, lequel résulte en une réduction de revenus des paysans. Il n'est pas rare de voir des chargements en gros arrivés a la frontière, ensuite redistribués en petites charges transportables soit par la tête ou par bicyclette, et rassemblés une fois encore après le passage du point de contrôle. Cet exemple montre clairement que tout effort effectif de réduction des barrières aux échanges intra-africains pourrait réduire les coûts d'échange, conduisant ainsi à l'expansion du commerce, mais sans toutefois créer de nouveaux marchés qui n'existaient pas au préalable. De précieux efforts doivent être déployés pour concevoir le développement des espaces commerciaux sub-régionaux en Afrique, en particulier en ce qui concerne le marché agricole.(25)
(157) Néanmoins, le commerce régional peut servir de base, dans certains cas, à la conquête de nouveaux marchés non-traditionnels. Le marché régional est souvent plus facile à conquérir que les marchés en dehors d'Afrique et peut constituer un terrain d'apprentissage pour mieux se préparer à la concurrence étrangère (en termes d'organisations de systèmes, de normalisation des qualités etc…). Traditionnellement, dans l'économie de pre-mondialisation, le développement des industries était basé d'abord sur la satisfaction de la demande intérieure, ensuite de la demande régionale et finalement de la demande internationale. Ainsi, le savoir-faire dans le domaine de la production et de la commercialisation s'est progressivement amélioré avec l'augmentation du niveau de compétition. Cependant, avec des capitaux et des technologies internationaux plus mobiles, il est à présent possible de produire directement pour le marché international sans nécessairement passer par ces étapes intermédiaires.
(158) Les exportations agricoles non-traditionnelles devraient devenir le secteur le plus dynamique de l'économie pour deux raisons: la nature de leur demande et l'importance du savoir-faire comme facteur de production. Cette tendance est en train d'être observée, comme en témoigne le Tableau V ci-dessus. Bien que ces taux de croissance apparaissaient surévalués, du fait que la base de calcul considérée est faible, ils illustrent néanmoins l'existence de possibilités pour diversifier substantiellement et dans un temps relativement court, la production destinée à l'exportation. Toutefois, la percée dans des marchés non-traditionels exige de nouvelles aptitudes et une sophistication plus aigue que celle requise pour être concurrentiel dans les marchés traditionels d'exportations. Ces aptitudes seront aussi utiles pour ajouter de la valeur au marchés intérieurs et pour être concurrentiel dans les marchés régionaux.
17. Moussa Batchily Ba, et al.1999. Workshop on Agriculture Transformation in Africa: Abidjan, Côte d'Ivoire, September 26-29, 1995. MSU International Development Working Paper no 75. East Lansing: Dept. of Agricultural Economics, Michigan State University. http://www.aec.msu.edu/agecon/fs2/papers/idwp75.pdf
18. Entretien privé avec Michael Weber et Thomas Jayne. Voir aussi: T.S. Jayne. 2001. "Differential Access to Land Among Smallholders in Africa: Implications for Poverty Reduction Strategies and Structural Transformation." MSU International Development Paper (draft) no 80. East Lansing: Dept. of Agricultural Economics, Michigan State University.
19. Une grande partie de cette liste est basée sur un rapport de la Banque Africaine de Développment, intitulé Agriculture and Rural -Development Sector Report, pp. 7-11.
20. Une pression de plus en plus accrue pourrait être exercée au sein de l'Union Européenne pour réinstaurer les subventions à l'exportation sur la viande bovine à cause de l'accumulation de larges stock de viande non vendue à la suite de la baisse sensible de la demande en Europe due à la maladie de la vache folle.
21. Howard et al., op. cit., p.2.
22. Patricia Kristjanson, Mark Newman, Cheryl Christiansen et Martin Abel, "Export Crop Competitiveness: Strategies for Sub-Saharan Africa." APAP #109; USAID #PN-ABG-776; Juillet 1990.
23. Comme exception, on peut citer les travaux de recherche portant sur les échanges régionaux en Afrique de l'Ouest à la suite de la dévaluation du franc CFA. Cf. Yade, Mbaye, Anne Chohin-Kuper, Valerie Kelly, John Staatz et James Tefft. 1999. "The Role of Regional Trade in Agricultural Transformation: the Case of West Africa Following the Devaluation of the CFA Franc." Document présenté à l'Atelier de Tegemeo/ECAPAPA/MSU/USAID sur la Transformation Agricole, Nairobi, 27-30 Juin, 1999. MSU Agricultural Economics Staff Paper no. 99-28, Juin 1999 <http://www.aec.msu.edu/agecon/fs2/ag_transformation/atw_yade.pdf> et James Tefft, Mbaye Yade, John Staatz et al. Securite alimentaire et filières agricoles en Afrique de l'Ouest: Enjeux et perspectives quatre ans apres la dévaluation du Franc CFA. Synthèses (portant sur les sous-secteurs de coton, de boeuf, d'horticulture et de consommation). Bamako: Institut du Sahel, Novembre, 1998 (http://www.aec.msu.edu/agecon/fs2/sahel/index.htm)
24. Cf. "Unrecorded Cross-Border Trade Between Kenya and Uganda: Proceeding of a Workshop Held at the Mayfair Hotel, Nairobi, Kenya, 6 Décembre, 1996". Juillet 1997. Chris Ackello-Ogutu et Protase Echessah. USAID AFR/SD Technical Paper No. 58. http://www.afr-sd.org/publications/59trade.pdf
25. La littérature concernant l'efficacité des regroupements commerciaux régionaux est très féconde, traitant entre autre des questions de création et de diversion des échanges commerciaux. Considérant le degré de subvention des produits alimentaires au sein de l'OCDE, il est possible de justifier la création et l'accord d'une protection tarifaire aux espaces régionaux en vue d'éliminer l'avantage de prix induit par ces subventions. Cependant, il y a aussi beaucoup de teneur dans le contre-argument selon lequel les pays africains devrait accepter le financement de leurs consommateurs par les contribuables occidentaux. L'importance des produits alimentaires dans le panier de consommation des pauvres suggère une prise en compte de ces deux types d'arguments. L'argument anti-protection pourrait être dominant si la main-d'oeuvre était mobile et si les paysans avaient d'autres opportunités. Mais la main-d'oeuvre est relativement immobile, et les opportunités en milieu paysan sont très limitées à court-terme.